Le contexte

La rue de la Loi a été réaménagée il y a quelques temps. La voirie a été ramenée de 5 à 4 bandes de circulation et l’espace récupéré a été consacré à l’élargissement global des trottoirs, permettant un petit élargissement de l’étroite section dévolue aux piétons et l’installation d’une piste cyclable, étroite elle aussi.

le sinistre lieu du sinistre

Et c’est là qu’un cycliste a cogné l’appareil photo d’un piéton. Je ne sais si le cycliste était effectivement agressif ou seulement fort distrait mais quoiqu’il en soit, s’il a causé du tort au bien d’autrui, il a commis une faute. Et en ne s’arrêtant pas, un délit de fuite...

Limites de l’aménagement

Il est clair que ce type d’aménagement favorise le conflit d’usage entre cyclistes et piétons. Les cyclistes, usagers faibles sur un bitume organisé pour le déplacement des véhicules à moteur, deviennent les usagers forts sur un espace "trottoir/piste" où le piéton est le faible... L’idée qui est derrière tout cela, c’est que la sécurité du cycliste est améliorée ce qui devrait avoir des effets positifs sur la pratique du vélo [1]... Désolé pour les piétons...

Outre cette approche fonctionnelle, cet aménagement a été et est encore régulièrement critiqué dans ses aspects concrets. Dans ce cas-ci, le manque de lisibilité de la piste est mis en évidence et la suggestion de la marquer par des lignes blanches est "logique" : peut-être le piéton aurait-il pris conscience de son mauvais positionnement sur le trottoir ?

Cycliste limité ?

Le cycliste incriminé dans ce fait divers semble bien avoir eu une conduite fort peu honorable. L’auteur du message s’en offusque tout en évoquant des valeurs positives supposées trouver leur accomplissement dans la pratique du vélo et il souligne que ce genre de comportement nuit à tous les cyclistes. Pour le comportement et les valeurs, c’est possible.

Par contre j’ai beaucoup de mal à accepter l’idée que je ferais partie d’une communauté parce que cycliste quasi quotidien. Le gars qui démolit les biens d’autrui et continue son chemin, je n’ai rien à voir avec lui. Son comportement délinquant ne peut pas avoir le moindre effet sur la manière dont je suis perçu : c’est inacceptable. Les cyclistes doivent sortir de ce schéma de pensée, comme toutes les catégories de personnes de tous types. Il est inacceptable que la faute d’un individu puisse ternir la perception que l’on aurait d’un groupe au prétexte que ce groupe partagerait une apparence avec cet irresponsable. Cette idée seulement donne des frissons dans le dos et accepter qu’il puisse en être ainsi c’est déjà se soumettre à cette tyrannie. Les choses se passent peut-être souvent comme cela ? Et bien, changeons cela : c’est injuste, arbitraire et immoral.

Le vrai problème : le différentiel de vitesse

Mettre sur un espace (très) limité des usagers dont les vitesses de déplacement sont (très) différentes, c’est le problème de base. Pourquoi les vélos ne sont-ils pas autorisés à circuler sur autoroute ? Parce qu’ils sont trop lents relativement aux véhicules à moteur. Disons 5 à 6 fois plus lents. Le rapport est le même entre le déplacement du piéton et celui du cycliste pressé qui descend la rue de la Loi. Et pourtant, on les prie de se déplacer sur le même trottoir.

J’y reviendrai lors d’un prochain fait divers...


[1Pour ma part, je suis convaincu que cette approche présente de sérieuse limites